Plaidoyer pour une bienveillance efficace

23/10/2017

Il en est de la bienveillance dans la vie professionnelle comme de la gentillesse pour les enfants. On l’érige volontiers en valeur morale universelle…on s’applique moins à la mettre soi-même en pratique.

En réalité, la bienveillance, tellement à la mode, est loin d’être si naturelle que cela, que ce soit dans la sphère privée ou au travail, et ne peut être décrétée comme nouveau comportement modèle sans autre préalable.

Circulez dans Paris un lundi matin vers 8h30 et vous verrez de beaux exemples de bienveillance spontanée entre conducteurs d’engins automobiles.

Pourquoi serait-on bienveillant naturellement en entreprise ? La bienveillance y est rarement valorisée . Les réussites des célèbres capitaines d’industrie ont rarement été construites sur un socle de bienveillance mais plutôt ad augusta per angusta (vers de grandes choses par des voies étroites).

Je crois dans les vertus de la bienveillance, comme je crois en la nécessité d’avoir des leaders inspirés et visionnaires. L’une n’étant pas forcément soluble dans les autres, il faut organiser cette bienveillance, de manière à ce qu’elle puisse irradier dans l’entreprise. Et cela n’est possible que sous deux conditions :

  • Que son efficacité supérieure soit prouvée ;
  • et qu’elle soit mise en œuvre à tous les échelons de l’entreprise.

Reprenons notre exemple automobile. Dans un rond-point parisien typique, quelques règles issues directement du paléolithique prévalent :

-reculer, c’est être faible

-chaque centimètre carré de chaussée doit être conquis de haute lutte

-la priorité inhibe la capacité de réflexion

-la communication en est réduite à son expression la plus rudimentaire

En défendant son bout de bitume jusqu’à l’absurde, on pense défendre ses intérêts, or il n’en est rien. Une intelligence collective plus aboutie permettrait de fluidifier la circulation et en renonçant en apparence à quelques centimètres, chacun gagnerait en réalité bien des minutes.

Quel rapport avec la bienveillance ?

Contrairement à ce qui se passe dans une partie de Tétris, les voitures ne disparaissent pas par magie une fois emboîtées les unes dans les autres et c’est pièce par pièce qu’il faut détricoter un bouchon. Si chacun œuvrait avec bienveillance pour une plus grande efficacité collective sans avoir l’impression d’y perdre son honneur, c’est l’ensemble de l’humanité véhiculée qui y gagnerait.

Sauf qu’on voit immédiatement que si quelqu’un s’insinue dans un espace volontairement laissé libre, que si chacun profite de la bienveillance de l’autre à son propre profit, l’efficacité de la bienveillance individuelle s’en trouve aussitôt réduite à néant. Nous sommes ici dans le domaine de la culture. Preuve en est que dans certains pays, les conducteurs arrivent à s’organiser civilement.

Il en est de même dans l’entreprise. Des actions isolées risquent en général d’être vouées à l’échec si la bienveillance n’entre pas dans la culture et n’est pas partagée par le plus grand nombre. Sinon, tout un tas de bonnes raisons seront toujours invoquées pour lui préférer autre chose : une crise économique, l’urgence d’une situation, « on est entre adultes », « on est payé pour faire ce boulot »…

Si vous voulez créer les conditions d’un management bienveillant, appliqué et efficace dans votre entreprise, suivez ces deux règles :

– prouvez son efficacité

– puis institutionnalisez-le.

C’est à ce prix que la bienveillance échappera aux clichés, survivra au phénomène de mode et surtout, pourra réellement porter ses fruits.